Quelles stratégies pour l’emploi et les salaires ?
Cette Note dresse un bilan de la stratégie française de soutien à l’emploi depuis trois décennies, centrée sur la réduction massive du coût du travail au niveau du Smic via des allègements de cotisations sociales. Elle propose une inflexion vers une politique plus ciblée et structurelle. La France a en effet fortement réduit le coût du travail au Smic tout en maintenant un revenu disponible élevé pour les bas salaires. Ce système a combiné allègements généraux (77 Md€ en 2024) et transferts sociaux orientés vers les bas salaires. Si les effets sur l’emploi sont avérés, cette stratégie a favorisé l’emploi à bas salaire et incidemment conduit à des taux marginaux implicites trop élevés : pour augmenter de 100 € le revenu disponible d’un travailleur sous le salaire médian, l'employeur doit supporter un coût salarial supplémentaire compris entre 300 et 400 €. Ce mécanisme freine la progression des salaires dans une zone où se concentre une grande partie de l’emploi (« effet de pente »). Les méta-analyses internationales suggèrent que les effets des allègements sur l’emploi, importants dans les années 1990 (fort chômage, coût du Smic élevé), sont aujourd’hui plus faibles. Ils restent forts pour les bas salaires, les jeunes et en période de conjoncture dégradée. Les difficultés d’accès à l’emploi sont d’ailleurs concentrées sur les jeunes et les seniors. Ceux-ci expliquent l’essentiel de l’écart de taux d’emploi entre la France et les pays européens proches du plein emploi, ce qui plaide pour mieux cibler les aides à l’emploi. La Note recommande de rééquilibrer progressivement la stratégie française de l’emploi. Elle propose de désindexer les allègements généraux du Smic pour réduire les taux marginaux implicites et de réviser conjointement l’indexation du Smic et des allègements. Elle préconise de main tenir des réductions renforcées ciblées sur les jeunes et les publics éloignés de l’emploi, et de recentrer la prime d’activité sur l’incitation au retour à l’emploi plutôt que sur le soutien permanent au pouvoir d’achat. Par ailleurs, la Note souligne l’importance de politiques plus structurelles favorisant durablement l’emploi : amélioration de l’insertion des jeunes et de l’emploi des seniors, investissement dans l’éducation et la formation, développement de l’offre de logement dans les zones dynamiques et amélioration des liaisons de transport entre zones de chômage et bassins d’emploi. Il faut progressivement passer à une approche plus ciblée (publics prioritaires) et structurelle (formation, éducation, logement, mobilité) pour améliorer durablement l’emploi, les trajectoires salariales et la soutenabilité des finances publiques.





